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 La violence sourde d’une expulsion ordinaire Mauvaise cible

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Zebulon
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MessageSujet: La violence sourde d’une expulsion ordinaire Mauvaise cible   Sam 2 Déc - 14:12

Sans cris ni présence policière, l’expulsion d’une famille parfaitement intégrée se déroule presque comme un départ en vacances. Une violence cachée, feutrée.

Ils auront lutté quatre ans. En vain. Le combat des Nebija s'achève sur le quai de la gare d'Aigle, dans un petit matin sombre et froid. Ils ont failli rater le train de 6 h 42, le concierge qui devait les emmener ne s'est pas réveillé. La nuit, passée à veiller en famille, a été courte. Les parents, les frères et les cousins sont venus d'Estavayer, mais ils ne seront pas du voyage à l'aéroport. «Ce serait trop dur», soupire Fatmir. Il en a pourtant vu d'autres.

Le jeune père de famille, en noir de pied en cap, porte une petite valise à la main. Elégamment maquillée, sa femme Alma tire derrière elle son bagage à roulettes. Ce qui leur reste d'affaires voyagera séparément, engloutissant au passage les quatre cinquièmes de l'aide qu'on leur a accordée. Entourés par Elisabeth Stucki, députée socialiste au Grand Conseil vaudois, et André Bader, membre de la Coordination asile Chablais et du mouvement catholique Pax Christi, les Nebija sont prêts. Comme pour un départ en vacances. Mais un départ triste.

Le train démarre. On cherche une place parmi les voyageurs plongés dans leur sudoku matinal, on s'installe à la hâte. Les mots sont rares. Il n'y a pas de place pour eux, tant les regards sont éloquents. Droit sur son siège, Fatmir décoche les derniers sourires qui lui restent. Quatre ans à voir sa vie s'effriter entre ses doigts n'ont pas suffi à le briser. Pas complètement. «C'est une montagne d'homme…», dira plus tard André Bader, animé d'un profond respect pour le jeune Kosovar de 31 ans.

La mère, ultime refuge

Lausanne passe, les passagers vont et viennent. Le jour ne pointe toujours pas. Valentina, l'aînée vêtue de mohair rose, craque la première. «Elle est toujours malade en train», sourit Alma en caressant ses cheveux bruns. Les larmes de l'enfant laissent des taches sombres sur son pantalon à carreau. Elda se blottit à son tour contre sa mère, ultime refuge.

Les parents sourient toujours, comme par défi. «On a dit aux filles qu'on partait en vacances, raconte Fatmir. Puis, on leur dira qu'on va rester là-bas plus longtemps que prévu… Pour la séparation, je leur ai expliqué que je devais passer chercher la voiture au Kosovo.» Pourtant, les regards à la fois sombres et vifs des fillettes ne laissent que peu de place au doute. Malgré tous les efforts et stratagèmes de leurs parents, elles savent bien que quelque chose cloche dans cette version officielle. La presse, l'appartement vidé, les larmes de la maîtresse d'école, les destinations différentes… Trop d'indices ont troublé les deux enfants.

«Au plaisir de vous revoir»

Tordu par le stress, l'estomac d'Alma manque de céder avant l'arrivée à Genève. «Je ne supporte pas les transports…», s'excuse-t-elle dans un sourire gêné. Une voix synthétique prie tous les passagers de descendre. Aucun policier n'attend les Nebija au pied du train. Tout se déroule dans une troublante douceur.

Il fait jour désormais, l'aéroport est calme. Les hommes d'affaires pressés croisent les familles qui se chamaillent. Personne ne prête attention à quatre voyageurs à l'air un peu perdu. Le vol Malev 561 à destination de Budapest est annoncé à 9 h 55, comme prévu sur le plan de vol que Fatmir tient dans sa main. Ce morceau de papier qui lui a volé son sommeil. Au guichet de Swiss REPAT, l'organisme chargé d'organiser le renvoi des expulsés, l'attente se prolonge. Le visage de Fatmir se ferme, première fissure dans son impressionnante cuirasse. Ses seize années passées en Suisse s'achevent dans moins d'une heure. Assise avec ses filles, Alma a retrouvé un semblant de sourire, en regardant Valentina. «Elle est née à Payerne. Elle avait le permis C, comme Fatmir…». Infatigable, Edna joue avec une valise plus haute qu'elle.

L'agente de Swiss REPAT arrive enfin, souriante, habillée comme une hôtesse de l'air. Mais elle ne veut pas apparaître sur des photos. Elle accompagne la famille au guichet libre, pour un check-in éclair. Face au plan de vol, et à ces deux destinations, le malaise des employées est palpable. Malgré son calme, le regard bleu de Fatmir semble peser lourd sur leurs jeunes épaules.

Devant le passage de la douane, André Bader étreint longuement Fatmir. Le roc kosovar s'embrume, mais conserve son digne sourire jusqu'au bout. Les Nebija disparaissent bientôt sur l'escalier roulant qui les emmène. Au-dessus de leur tête, un grand panneau de l'aéroport pérore: «Au plaisir de vous revoir».

Du permis C à l’expulsion, chronique de quatre années de luttes vaines
KAFKAÏEN
Fatmir Nebija a 31 ans, dont seize passés en Suisse. Déchu de son permis C pour une erreur administrative, il a été expulsé hier avec sa famille. Tous n’ont pas reçu le même plan de vol...

1990 Fuyant la guerre qui ravage son pays, Fatmir Nebija, âgé de 15 ans, arrive à Estavayer. Après un détour par l'Allemagne, il épouse une Suissesse en 1993. Le couple divorcera en 1999.

1998 Jusqu'alors titulaire d'un permis B, Fatmir reçoit un permis C.

2000 Il épouse Alma au Kosovo et obtient le regroupement familial en Suisse.

JANVIER 2002 Fatmir part au chevet de sa belle-mère en Albanie, sans avoir son permis C en poche – le document étant en cours de renouvellement. Début d'un incroyable imbroglio administratif. Les autorités fribourgeoises affirment qu'il est reparti définitivement dans son pays, alors qu'il a signalé son absence, et laissé travail, appartement et voiture en Suisse.

2004 Après s'être débattu en vain depuis l'Albanie, puis le Kosovo, pour prouver sa bonne foi, Fatmir rentre en clandestin dans son pays d'adoption, avec sa famille. Débouté par le Tribunal fédéral, il finit par déposer une demande d'asile. Et passe du centre de Vallorbe à Aigle. Il reprend un travail de monteur de stores, puis de routier, avant que les autorités ne le lui interdisent, le laissant sans ressources.

2006 Décision de renvoi, après deux ans à voir fondre ses économies.

22 SEPTEMBRE Deux députés aiglons alertent par courrier la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey au sujet de la «situation kafkaïenne» des Nebija.

26 SEPTEMBRE Une pétition en leur faveur, forte de 505 signatures, dont celle de plus de 50 parlementaires, est remise au président du Grand Conseil vaudois.

11 OCTOBRE La famille Nebija reçoit son «plan de vol» pour le 24 octobre, à destination du Kosovo. Avec 500 fr. en poche.

18 OCTOBRE Une réunion de la dernière chance prolonge le sursis des Nebija, et leur ouvre la perspective de toucher leur capital AVS. Le montant de l'aide au retour passe à 7000 fr.

6 NOVEMBRE Réponse évasive de Micheline Calmy-Rey.

24 NOVEMBRE Le plan de vol définitif tombe. Les Nebija sont expulsés le 1er décembre. Fatmir vers le Kosovo, Alma, Valentina et Edna vers l'Albanie. Avec 10 000 fr. d'aide pour les quatre membres de la famille. Mais pas d'AVS.

1er DÉCEMBRE A 9 h 55, les Nebija quittent le territoire suisse.
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MessageSujet: Re: La violence sourde d’une expulsion ordinaire Mauvaise cible   Sam 2 Déc - 19:17

Que d'injustice dans ce bas monde, on préfère garder les crapules en prison que de les expatrier, mais les familles sans faille on les jette....

j'ai honte d'être suisse.Sad Embarassed
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